nom_site_spip
Accueil > Les soins à Keur Massar > Maladies traitées : le paludisme

Maladies traitées : le paludisme

Depuis la plus haute antiquité, le paludisme sévit dans le monde. Les zones humides, marécages, tourbières, rizières, bords des cours d’eau ainsi que les pluies tropicales et équatoriales entretiennent le fléau. Les médecines des régions concernées ont lutté de tout temps contre ces fièvres intermittentes. Durant des millénaires, le paludisme fut combattu avec succès alors que le rôle du plasmodium, parasite sanguin, était inconnu. Mais ce fléau est devenu, au cours des dernières décennies, d’une dangerosité largement accrue.

Les ouvrages médicaux les plus anciens mentionnent les traitements pratiqués. Les savoirs transmis par oralité en Amérique et en Afrique détenaient sans doute les thérapies appropriées, si l’on en juge par la richesse des connaissances parvenues jusqu’à nos jours.

Un fait capital est à souligner : durant des millénaires, le paludisme fut combattu avec succès alors que le rôle du plasmodium, parasite sanguin, était inconnu. Cette réalité démontre que la science moderne n’est pas indispensable à l’art médical. Dans certains cas, elle peut conduire à de redoutables erreurs. Le paludisme en fournit des exemples : ce fléau est devenu, au cours des dernières décennies, d’une dangerosité largement accrue. Ce tournant malencontreux a pris sa source en Europe. Mais il paraît important de connaître le cheminement de la lutte antipalustre menée sur ce continent avant les perspectives erronées diffusées mondialement au cours du XXème siècle.

Le paludisme en Europe

JPEG - 17.4 ko
Ecorce de saule

Le paludisme a disparu d’Europe il y a moins d’un siècle mais son retour demeure toujours possible. Il a bénéficié, au fil du temps, de nombreuses médications. Le savoir populaire véhiculait des recettes qui jugulaient les accès palustres. Les guérisseurs et guérisseuses des campagnes mettaient leurs connaissances au service des populations rurales. Les médecins - n’ayant d’autres supports que les symptômes - avaient privilégié les plantes à caractères toniques, amers et fébrifuges. On peut citer l’absinthe, la camomille (déjà utilisée par Hippocrate), la petite centaurée, la gentiane, l’écorce de saule. Ils faisaient appel à d’autres plantes pour combattre les fréquentes complications (œdèmes, anasarques, cachexie paludéenne...). Les prescriptions consistaient en sucs de plantes fraîches, extraits, décoctions concentrées, poudres et vins médicinaux. A partir du XVIIème siècle, l’écorce de quinquina de la pharmacopée amérindienne fut largement utilisée et considérée comme le remède par excellence des fièvres paludéennes. Mais à certaines époques, sa rareté entraîna des prix exorbitants.

JPEG - 28.5 ko
Absinthe

Ce contexte contribua à la pérennité des traitements à base de flore locale. Plus tard un dérivé, le sulfate de quinine, fut subtilisé aux préparations à base d’écorce de quinquina. Les communications aux revues médicales des XVIIème, XVIIIème et XIXème siècles font état des succès remportés contre les fièvres tierces, quartes et quotidiennes par les plantes européennes. Elles mentionnent aussi qu’elles ont guéri des fièvres résistantes au quinquina ou au sulfate de quinine. L’histoire du paludisme aurait pu se poursuivre sans modification notoire, les médecines des régions impaludées continuant la prescription de leurs propres thérapies, s’il n’était survenu des éléments majeurs qui allaient bouleverser la situation : la découverte des parasites, l’essor de la chimie, la création d’organismes internationaux.

La découverte des parasites

La première observation du parasitisme sanguin remonte à 1880. On identifia peu après les hématozoaires : plasmodium malaria, plasmodium vivax et p. falciparum. Les fièvres intermittentes avaient toujours été reliées à un environnement humide. Il n’était pas possible à nos ancêtres d’en connaître plus. La mise en évidence des parasites impliquait la disponibilité d’un appareil d’optique de fort grossissement, du microscope et des méthodes de colorations appropriées. Le rôle des moustiques dans la transmission du parasite fut confirmé en 1898.

La découverte des plasmodiums et de leur cycle évolutif ouvrait de nouvelles perspectives thérapeutiques : on espérait qu’elle perfectionnerait les traitements antipalustres. Bien que d’apparence logique et satisfaisante pour l’esprit « scientifique », cette conception allait cependant révéler progressivement son caractère erroné et ses effets néfastes.

L’essor de la chimie

Les molécules de synthèse issues des laboratoires devaient reléguer dans le passé les remèdes « empiriques » puisés dans la nature. Parmi ces molécules appartenant à des familles très diverses et censées combattre toutes les pathologies figurent les antipaludéens de synthèse : Chloroquine, Nivaquine, Proguanil, Paludrine, Mefloquine, Lariam, Halofantrine, Alfan, Dérivés de l’artémisinine, RIAMET.

Les objectifs poursuivis allaient bientôt se heurter à un phénomène imprévisible dans l’état des connaissances scientifiques de l’époque : la capacité de résistance des agents pathogènes aux produits qui leur sont opposés. Par la suite, cette lacune du savoir étant comblée, la même politique dangereuse n’en continua pas moins d’être appliquée. Cette action thérapeutique défectueuse des molécules de synthèse s’accompagne toujours de nombreux effets indésirables qui viennent s’ajouter aux manifestations pénibles des accès palustres. On peut citer entre autres : céphalées, vertiges, nausées, vomissements, douleurs musculaires et articulaires, atteinte hépatique, réactions allergiques, prurit, cardio-toxicité, excitation, confusion mentale, etc. De toute évidence, les traitements chimiques adoptés ne constituent pas un progrès mais au contraire entraînent une dérive dans la lutte antipalustre.

Les organismes Internationaux

Après les conflits mondiaux terminés en 1945, de nouveaux organismes furent créés afin d’améliorer les relations internationales. C’est ainsi que naquirent l’ONU et les instances qui lui sont rattachées, en particulier l’OMS, qui établit son siège à Genève. Cet organisme, dont le rôle de sentinelle est irremplaçable pour repérer les dangers et donner l’alerte allait devenir l’instrument qui démultiplierait les actions néfastes des antipaludéens de synthèse à travers le monde. Paradoxalement, dès l’origine l’OMS ne représentait qu’une seule médecine, laissant dans l’ombre et sans aucune considération les autres savoirs médicaux de la planète. Nombre de pays membres des Nations Unies, sans tenir compte de leur propre richesse médicale, se lièrent ainsi à l’OMS qui allait régir les problèmes sanitaires mondiaux.

Cet organisme s’était fixé des programmes ambitieux : maîtriser les grands fléaux - paludisme, tuberculose, lèpre, etc. La science n’était-elle pas la plus puissante des alliées ? Des programmes d’actions identiques pour les 192 pays adhérents furent élaborés et appliqués. L’emprise se révéla si forte que tous suivirent sans la moindre réticence les plans émis par les responsables des départements concernés. La médecine « moderne », « scientifique » se devait de remplacer les savoirs
« empiriques », jugés tout au plus valables pour les « soins de santé primaires ». Ce slogan fut malheureusement repris par ceux qui auraient dû s’élever contre une telle dévalorisation des savoirs médicaux plurimillénaires. Ce comportement fut le point de départ des lourdes difficultés sanitaires dont hérite le XXIème siècle.

Les directives officielles contre le paludisme

Le piège thérapeutique qui s’est refermé sur la lutte antipalustre a été mis en place lors de la prescription du premier antipaludéen de synthèse, la chloroquine, plus connue sous le nom de nivaquine. De grands espoirs reposaient sur ce produit mais l’optimisme fut de courte durée. Les succès indéniables obtenus masquaient les déboires qui se préparaient dans l’ombre et que les lacunes du savoir scientifique rendaient imprévisibles. Sous l’action de la chloroquine, les parasites succombaient en grand nombre mais parmi eux, certains plus robustes sortaient victorieux du combat par des mécanismes biochimiques appropriés. Ils avaient le caractère de résistance.

Leur dissémination ultérieure donna les nombreuses souches réfractaires à ce produit. C’est ainsi qu’à partir de 1960, en Asie du Sud-Est, le plasmodium falciparum défia la chloroquine qui lui était opposée. Un peu plus tard, le même phénomène apparut en Afrique et en Amérique du Sud. Le service concerné de l’OMS dut affronter une difficulté inattendue. Loin de s’appesantir sur cet échec et d’en analyser la cause avec une grande rigueur, il fit appel à un autre antipaludéen de synthèse plus récent. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, un nouveau type de résistance vint assombrir le tableau. Sans tenir compte de ces échecs successifs, d’autres molécules prirent le relais : Mefloquine, Proguanil, Halofantrine. Les multirésistances frappèrent alors les zones d’endémie. On pouvait espérer qu’une saine réflexion ferait prendre conscience des erreurs stratégiques de la lutte anti-palustre. Le constat est négatif. En même temps que s’élèvent des lamentations bruyantes et inutiles, on continue d’avancer sur le même chemin. Les efforts se portent maintenant sur la mise à disposition de dérivés de l’artémisinine, principe extrait d’une plante de la pharmacopée chinoise qui engendre des effets indésirables.

Il est logique de prévoir qu’après des succès thérapeutiques, le phénomène de résistance se manifestera immanquablement. De multi-résistant, le paludisme deviendra hyper-résistant. Jusqu’où ira l’escalade qui entraînera une situation ingérable ? On ne peut que s’interroger sur l’étrange attitude des pays concernés qui disposent de connaissances autochtones. Sans aucune réticence, ils appliquent des directives dont les effets néfastes s’amplifient au fil du temps, les souches résistantes étant beaucoup plus redoutables.

Les conséquences des erreurs thérapeutiques

La multiplicité des souches résistantes de virulence accrue pour tous les plasmodiums et, en particulier, p. falciparum, largement disséminé par les moustiques, a profondément modifié les caractères du paludisme.

Fléau préoccupant durant des millénaires, il est devenu porteur de grands périls au cours de la seconde moitié du XXème siècle. On observe une plus grande fréquence des accès palustres au sein des populations, un nombre très important de cas de haute gravité et une mutabilité beaucoup plus élevée. Parallèlement, les moyens thérapeutiques officiels sont en voie d’effondrement. En réalité, les médicaments issus des laboratoires n’ont pas supplanté la nature mais ont fait exploser le fléau.

L’énumération des pays où règne la multirésistance du plasmodium, notamment p. falciparum, permet de mesurer concrètement l’ampleur des problèmes soulevés, qui attendent des solutions appropriées. En Afrique : Afrique du Sud, Angola, Botswana, Burundi, Cameroun, Comores, Congo, Côte d’ivoire, Djibouti, Éthiopie, Gabon, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Guinée Équatoriale, Kenya, Liberia, Malawi, Mayotte, Mozambique, Nigeria, Ouganda, Rep. Centrafricaine, Rwanda, Sao Tome et Principes, Sénégal, Sierra Leone, Soudan, Swaziland, Togo, Tanzanie, Zaïre, Zambie et Zimbabwe. En Amérique : Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyane, Panama, Pérou, Surinam, Venezuela. En Asie : Bangladesh, Birmanie, Cambodge, Chine, Laos, Thaïlande, Vietnam. En Océanie : Iles Salomon, Indonésie, Papouasie, Nouvelle Calédonie, Vanuatu.

Cette liste impressionnante ne doit pas décourager nos efforts. Loin des déclarations solennelles et des emphases verbales, des plans d’action seraient immédiatement accessibles. Les milliards de dollars de très riches fondations humanitaires n’apportent pas la solution car elles ne suivent que la voie officielle. Le salut réside dans un changement d’optique, non plus dans une vision uniforme de la thérapeutique mais dans l’appel aux compétences de toutes les médecines du monde.

Les chemins différents

On se demande comment a pu être admise l’idée qu’une seule médecine, avec des médicaments importés, serait à même de maîtriser l’endémie palustre. Comment les moyens thérapeutiques locaux ont-ils pu être oubliés ? La médecine scientifique, malgré ses connaissances larges mais toujours incomplètes, avance souvent sur des lacunes qui la font sombrer dans un gouffre d’où s’échappent des calamités, spécialement dans le domaine infectieux.

Reprendre conscience des réalités devient impératif. Quelles sont-elles ? Les possibilités de traitement du paludisme sont multiples, immédiatement accessibles et de coût très modéré. En ce qui concerne le Sénégal, les traitements curatifs sont adaptés à la gravité des accès palustres et certains d’entre eux conviennent particulièrement aux enfants. En outre, les traitements préventifs exercent une action salutaire au début et pendant la saison des pluies. Des touristes étrangers, des hommes d’affaires y font appel et ont manifesté leur satisfaction. Dénués d’effets secondaires, ils ont rendu leur voyage dépourvu de désagréments.

Les pays situés dans les zones d’endémie devraient maintenant rechercher l’indépendance sanitaire en puisant dans leurs propres ressources thérapeutiques. Ecartés par une « modernité » qui, à côté d’éléments positifs, a véhiculé beaucoup de fausses valeurs, ils seraient à même de répondre aux nécessités de la lutte antipaludéenne. Une question vient à l’esprit : la virulence accrue des souches résistantes s’atténuera-t-elle au fil du temps si les médicaments chimiques sont abandonnés et remplacés par les traitements traditionnels, qui ont largement fait leurs preuves ? En d’autres termes, les méfaits de la chimie seront-ils réparés, anéantis ?

Réflexions

Le phénomène de résistance de p. falciparum, qui fut très tôt reconnu avec les nombreuses souches devenues insensibles à la chloroquine, se manifeste plus lentement dans le mode bactérien.

Un fait attira tout d’abord l’attention. Les doses initiales très faibles d’antibiotiques, devenues inefficaces, devaient toujours être renforcées. Mais l’optimisme régnait, les vies humaines continuaient d’être sauvées. Puis les doses administrées n’agissant plus, la résistance acquise par les bactéries devint évidente. Plus tard, les maladies nosocomiales régnèrent dans les hôpitaux, constituant un problème majeur qui demeure encore non résolu. La comparaison entre les résistances parasitaires et bactériennes fait apparaître un point commun : l’utilisation de molécules pures isolées ou, au plus, groupées par deux ou trois. Tout se passe comme en un combat singulier : quelques-uns des micro-organismes ayant déclenché les processus biochimiques de résistance mettent en déroute l’agresseur ou les agresseurs en présence. Les « thérapies moléculaires », par ailleurs, toujours accompagnées d’effets indésirables, représentent un grand danger pour le présent et l’avenir.

Qu’en est-il des traitements traditionnels tels que ceux pratiqués au Sénégal dans les domaines infectieux et parasitaire ? Les médicaments comportent des associations de plantes judicieusement choisies, qui apportent une multitude de principes de familles chimiques différentes, capables d’agir sur l’agent pathogène en une attaque diversifiée et simultanée. Les germes se trouvent donc en présence d’une armée redoutable. Au cas où certains éléments parviendraient à résister à l’un de ces principes, d’autres prennent la relève pour les neutraliser. Cette interprétation permet de comprendre la pérennité et l’efficacité des thérapies anti-infectieuses transmises par oralité, au fil des générations. Les thérapies complexes rejetées sans considération représentent en réalité le salut pour l’avenir. Elles ont, en outre, comme caractéristiques d’être dénuées d’effets indésirables et de tonifier l’organisme défaillant.

On évoque sans cesse la mondialisation. Elle devrait consister notamment à valoriser les savoirs médicaux de tous les peuples et à les unir pour une lutte concertée contre le paludisme et autres fléaux sanitaires. Ainsi pourraient être réparées les erreurs thérapeutiques du XXeme siècle, la grande diversité des thérapies naturelles palliant les conséquences néfastes des thérapies moléculaires.


 Hôpital Traditionnel de Keur Massar - Tous droits réservés